Le trouble de déficit de l’attention
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Le trouble de déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH)
Les critères qui permettent d’identifier le trouble de déficit d’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) ont été établis par l’Association américaine de psychiatrie (DSM-5-TR®, 2022) ainsi que par l’Organisation mondiale de la santé (ICD-11, 2022). Il s’agit d’un groupe d’experts (formé de chercheurs et de cliniciens) qui se fondent sur des données scientifiques afin d’élaborer une série de critères diagnostiques précis.
Le TDAH est un trouble d’origine neurologique. Il n’est donc pas causé par un retard intellectuel, un déficit sensoriel (trouble de la vision ou de l’audition), des problèmes sociaux, un manque de volonté ou un manque de motivation de la personne qui en est atteinte. Ce trouble n’est pas non plus attribuable à une éducation inadéquate des parents, à une immaturité passagère ou à un trouble affectif. Par conséquent, un seul effort de la part de l’enfant ou de l’adulte confronté à un tel trouble ne peut l’éliminer ou le corriger.
Le TDA/H est un trouble chronique qui perdure toute la vie. Selon un recensement de la littérature scientifique, il y aurait entre 3 et 6 % d’enfants et d’adultes qui seraient aux prises avec le TDA/H, et moins d’un tiers d’entre eux aurait un diagnostic formel.
Qu’est-ce que le trouble de déficit d’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH)?
Le TDAH est un regroupement de symptômes qui cause une perturbation significative du fonctionnement relationnel (social et familial), académique ou professionnel. En fait, il y a trois sous-groupes majeurs du TDAH :
Trouble prédominant d’inattention
Les personnes vivant avec un déficit d’attention éprouvent de la difficulté à demeurer attentifs sur une même tâche (exemple : écouter en classe, faire ses devoirs, lire, suivre une conversation) pour une longue période de temps (15 minutes et plus). Leurs idées se laissent plus facilement transporter dans leur rêverie. Ces enfants et adultes sont également facilement dérangés par l’environnement qui les entoure (les bruits d’une voiture, d’un crayon qui tombe par terre, ou le tic-tac d’une horloge).
Trouble prédominant d’hyperactivité-impulsivité
- Hyperactivité : Les personnes ayant un trouble prédominant d’hyperactivité-impulsivité ont de la difficulté à rester en place. Ils bougent constamment les pieds et/ou les mains, se tortillent sans cesse et il est ardu pour eux de rester assis, de jouer ou d’exécuter des tâches calmement. Ceci fait en sorte qu’ils se lèvent souvent même lorsqu’ils sont dans une situation où le calme est requis (comme en classe ou lors d’une réunion…). Ils peuvent également éprouver de la difficulté à arrêter de parler. En fait, ces personnes peuvent même parfois donner l’impression d’être socialement immatures.
- Impulsivité : Ces individus accomplissent leurs tâches trop rapidement et souvent sans réfléchir. Aussi, ils débutent très souvent les activités sans avoir pris le temps d’écouter ou de lire toutes les consignes et ils ont du mal à attendre leur tour (dans une conversation, dans des jeux, dans une file d’attente, etc.). Ces personnes se plaignent également que leurs paroles dépassent parfois leur pensée.
Trouble prédominant d’inattention et d’hyperactivité-impulsivité
Ces personnes manifestent à la fois des symptômes d’inattention et d’hyperactivité-impulsivité.
L’origine du trouble de déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH)
Le TDAH est un trouble neurodéveloppemental, c’est-à-dire d’origine neurologique. Plus précisément, il est relié à un déséquilibre neurochimique des régions du cerveau qui sont impliquées dans le contrôle de soi, le maintien de la vigilance (c.à.d., demeurer alerte) et de l’attention. Jusqu’à présent, un nombre important d’études suggère une cause héréditaire. De plus, le TDAH peut aussi survenir à la suite d’une encéphalite, d’un traumatisme crânien ou d’une naissance prématurée.
Les troubles associés au TDAH (comorbidités)
Les comorbidités du TDAH sont fréquentes et concernent plus de deux tiers des personnes présentant ce profil, tant chez l’enfant que dans le cadre du TDAH chez l’adulte. Ces troubles associés au TDAH peuvent modifier la présentation clinique, influencer le fonctionnement quotidien et rendre l’identification du trouble plus complexe. Une compréhension détaillée de ces associations est donc essentielle dans le cadre d’une évaluation neuropsychologique.
Parmi les comorbidités les plus courantes, on retrouve les troubles anxieux. La littérature scientifique indique qu’une proportion importante des personnes présentant un TDAH manifeste également de l’anxiété. Il peut s’agir d’anxiété généralisée, d’anxiété de performance ou de phobie sociale. Ces manifestations anxieuses peuvent accentuer les symptômes du TDAH, notamment les difficultés liées à l’attention soutenue, ou être confondues avec celles-ci.
Les troubles de l’humeur constituent également une association fréquente. On observe chez de nombreux adultes une coexistence entre le TDAH et des symptômes dépressifs, ce qui concerne particulièrement le TDAH chez l’adulte. Le trouble bipolaire peut également être observé, ce qui nécessite une analyse rigoureuse afin de distinguer l’origine des fluctuations attentionnelles, émotionnelles et comportementales, y compris celles touchant l’attention divisée.
Chez les enfants, un trouble oppositionnel associé au TDAH est souvent observé. Les estimations suggèrent qu’une proportion importante d’enfants combine TDAH et comportements oppositionnels. Ce trouble peut se traduire par de l’argumentation fréquente, de la résistance aux consignes ou des comportements de provocation, qui peuvent amplifier les difficultés impulsives déjà présentes et influencer l’expression des symptômes du TDAH.
Les troubles d’apprentissage constituent une autre catégorie de comorbidités fréquentes. On estime qu’une part significative des enfants présente à la fois un TDAH et des troubles d’apprentissage, incluant par exemple la dyslexie, la dysorthographie, la dyscalculie ou la dyspraxie. Ces difficultés peuvent contribuer à un écart entre le potentiel réel de la personne et ses performances académiques observées, en affectant notamment l’attention soutenue lors des tâches scolaires.
Les troubles du sommeil sont également souvent associés au TDAH. Ils peuvent entraîner une baisse de la vigilance, une irritabilité accrue ou une diminution de l’attention, ce qui complique l’interprétation des symptômes observés et peut influencer les capacités d’attention divisée au quotidien.
Un diagnostic différentiel approfondi demeure essentiel, car certains troubles, tels que l’anxiété, la dépression ou les troubles d’apprentissage, peuvent imiter ou exacerber les manifestations du TDAH. L’évaluation neuropsychologique permet d’analyser ces éléments séparément et de mieux comprendre leur interaction au sein du profil cognitif.
Chez l’adulte, les comorbidités peuvent également inclure des comportements liés à la dépendance. Cette association s’explique parfois par une impulsivité difficilement régulée ou par des stratégies compensatoires développées lorsque le TDAH n’a pas été identifié plus tôt au cours du développement.
Lorsque plusieurs comorbidités sont présentes, il est nécessaire d’analyser chaque trouble de manière distincte afin d’obtenir un portrait clair du fonctionnement cognitif. Cette démarche permet de documenter précisément les symptômes du TDAH, ainsi que les autres difficultés associées, et de produire la documentation requise dans un contexte scolaire, professionnel ou administratif.
Le TDAH et le trouble d’apprentissage
Le TDAH est une cause importante des troubles d’apprentissage et peut aussi provoquer des difficultés importantes d’intégration sociale (tant à l’école que dans le milieu de travail). Selon la gravité et la nature du déficit, le TDA/H peut occasionner un retard important des acquis scolaires tels que l’apprentissage de la lecture, de l’écriture et des mathématiques. En fait, l’attention est une des portes d’entrée principales de l’apprentissage. Si l’apprenant (l’enfant ou l’adulte) ne porte pas attention, il ne pourra pas recevoir, traiter et analyser, comprendre et mémoriser l’information. De fait, un enfant qui présente un TDA/H peut passer à côté de certains acquis scolaires de base qui sont nécessaires pour l’intégration de nouvelles connaissances. Ceci peut faire en sorte que si le TDA/H n’est pas correctement identifié et qu’un programme d’intervention adapté n’est pas mis en place, la personne performera sous son potentiel réel.
Malheureusement, il y a encore un nombre important d’enfants, d’adolescents et même d’étudiants universitaires qui éprouvent de la difficulté à suivre le rythme scolaire à cause d’un TDA/H, sans que ce trouble ne soit formellement identifié. En fait, plusieurs de ces personnes passent inaperçues car le trouble de déficit d’attention est trop souvent perçu comme un manque de volonté ou d’intérêt. Il en va de même pour les travailleurs qui n’atteignent pas leur plein rendement.
Le rôle de la neuropsychologie dans l’identification du trouble de déficit d’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH)
À l’aide d’une d’entrevue structurée et de questionnaires qui tiennent compte des critères établis par l’Association américaine de psychiatrie et l’Organisation mondiale de la santé (DSM-5-TR et ICD-11), le neuropsychologue doit identifier les symptômes de l’inattention ou de l’hyperactivité-impulsivité dans au moins deux milieux différents de la vie quotidienne (comme à la maison, à l’école ou au travail). De plus, il faut s’assurer que certains des symptômes étaient présents avant l’âge de 12 ans et, surtout, qu’ils ne soient pas causés par un retard intellectuel, un trouble psychiatrique ou un trouble affectif. Néanmoins, il est important de souligner qu’un trouble affectif ou psychiatrique peut coexister avec un TDAH.
Une fois que le trouble de déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité-impulsivité est formellement reconnu, une évaluation complète en neuropsychologie permettra de préciser la nature du déficit d’attention. Il est important de comprendre qu’il existe plusieurs composantes de l’attention. Celles-ci jouent un rôle essentiel dans l’apprentissage ainsi que dans le déroulement de diverses activités de la vie de tous les jours. Chez les personnes atteintes d’un TDA/H, certaines des composantes ou sous-composantes de l’attention peuvent être déficitaires alors que d’autres peuvent bien fonctionner. Il est donc important d’identifier les différents aspects qui sont déficitaires car ces derniers peuvent nécessiter des interventions différentes. Les différentes composantes de l’attention qui peuvent être déficitaires incluent :
- a) l’attention sélective : il s’agit de notre capacité d’orienter notre attention sur l’information pertinente (regarder en avant de la classe) et de ne pas se laisser distraire par les stimuli non pertinents.
- b) l’attention soutenue : c’est la capacité de maintenir notre attention sur une même cible ou une même tâche (écouter l’enseignante, lire ou faire ses devoirs) pour une longue période de temps.
- c) l’attention divisée : il s’agit de notre capacité de faire au moins deux choses à la fois (par exemple écouter l’enseignante et suivre l’exercice dans notre cahier). L’évaluation va également permettre de préciser le fonctionnement de chacune de ces composantes tant dans le domaine verbal que non verbal.
L’évaluation approfondie en neuropsychologie permettra aussi d’identifier d’autres troubles qui peuvent se retrouver également chez les individus souffrant d’un TDA/H, mais qui seraient autrement passés inaperçus.
- a) Le trouble déficitaire d’attention peut affaiblir de façon générale la réussite scolaire. Il est important de déterminer si les difficultés académiques vécues par l’enfant sont reliées au déficit d’attention ou si elles sont associées à un trouble d’apprentissage tel que la dyslexie ou d’autres troubles neuropsychologiques. Ce diagnostic différentiel est d’autant plus important que les études scientifiques indiquent qu’environ 50 % des personnes atteintes de dyslexie présentent aussi un trouble déficitaire de l’attention.
- b) Syndrome dyséxecutif ou trouble de planification et d’organisation (c.à.d., les fonctions exécutives) : Un nombre important de personnes ayant un trouble déficitaire d’attention peuvent également présenter des difficultés d’ordre exécutif, qui est un trouble d’apprentissage en soi. Par exemple, les personnes atteintes de ce trouble peuvent peiner à se structurer et à s’organiser lors de différentes tâches, que ce soit pour faire leurs devoirs, planifier leur horaire, ou bien gérer leur temps. Ainsi, le diagnostic différentiel en neuropsychologie permettra de déterminer s’il y a également présence d’un trouble des fonctions exécutives ainsi que la nature de ce trouble.
L’évaluation en neuropsychologie permettra finalement d’élaborer un plan d’intervention adapté aux besoins spécifiques de l’étudiant et de l’orienter vers les intervenants et les ressources appropriées. D’une part, le neuropsychologue présentera des interventions pour mieux contrôler le trouble déficitaire de l’attention, et ce, tant à la maison, à l’école qu’au travail. D’autre part, il proposera des interventions axées sur les difficultés qui sont secondaires au déficit de l’attention (comme le retard académique par exemple).



