La dyspraxie

La dyspraxie est un trouble développemental de la coordination, de l’organisation et de l’exécution motrice.

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La dyspraxie : trouble développemental de la coordination, de planification et de production motrice.

La dyspraxie est un trouble développemental de la coordination, de l’organisation et de l’exécution motrice qui est d’origine neurologique et qui est présent dès la naissance. Ce trouble s’explique par une dysfonction de la région du cerveau qui orchestre la séquence de mouvements nécessaires afin d’accomplir un acte moteur. En revanche, jusqu’à ce jour, la cause exacte de cette condition n’a pas pu être identifiée.

La dyspraxie n’est pas un trouble d’origine musculaire (le système musculaire fonctionne normalement). De plus, elle n’est pas un trouble d’ordre intellectuel. Au contraire, les enfants et adultes qui sont aux prises avec ce trouble ont généralement de très bonnes capacités de compréhension et de raisonnement, et ce, tant sur le plan verbal que non verbal. Ils peuvent clairement expliquer le but qu’ils veulent atteindre (exemple : « Je veux faire de la bicyclette » ; « Je veux attacher mes lacets »), ainsi que la façon dont ils doivent s’y prendre (c’est-à-dire qu’ils peuvent décrire la séquence de mouvements qu’ils doivent produire).

Les études nous permettent d’estimer qu’environ 8 % de la population est affectée par ce trouble. Parce que la dyspraxie est un réel handicap qui peut sévèrement perturber le rendement académique et les habiletés athlétiques, elle est une cause importante de troubles d’apprentissage, et ce, tout au long de la vie. Il est donc important de bien comprendre ce trouble afin de permettre une identification précoce et de mettre en place des interventions adaptées et efficaces.

Les deux types de dyspraxie

La dyspraxie orale implique un trouble de la coordination des muscles de la langue, des lèvres, de la mâchoire et du palais afin de programmer une séquence de mouvements articulatoires qui permet de transformer les sons en mots. Ces troubles se manifestent surtout par 1) un retard de la production du langage, 2) des mots mal articulés et 3) de la difficulté à contrôler le débit et l’intensité de la parole. Cependant, il ne faut pas confondre ce trouble avec une dysphasie, même si celle-ci peut l’accompagner. L’individu comprend très bien le langage, il sait ce qu’il veut dire et il sait de quelle façon l’exprimer. Il est également important de ne pas prendre ce trouble pour une dysarthrie (l’ensemble musculaire bucco-facial ne souffre d’aucune faiblesse ni de paralysie).

La dyspraxie motrice, pour sa part, implique un trouble de la coordination des muscles et des articulations (des bras, poignets, doigts, hanches, jambes, chevilles) afin d’enchaîner une séquence de mouvements et de gestes qui permettent d’arriver au but escompté (natation, bicyclette, monter des escaliers…). La dyspraxie motrice implique également un problème d’intégration de l’information visuo-spatiale avec la séquence motrice. Ainsi, les gestes et les mouvements du corps ne sont pas toujours appropriés au contexte. Dans la sphère des dyspraxies motrices, nous retrouvons également la dysgraphie et la dyspraxie de construction. La dysgraphie est un trouble de la coordination des mouvements des doigts impliqués dans la production graphique qui peut nuire à l’écriture et au dessin. Pour sa part, la dyspraxie de construction est un trouble qui se manifeste lors de l’assemblage ou de la mise en relation des parties d’un objet afin de former une unité cohérente (comme l’assemblage de modèles à coller ou de meubles).

La dyspraxie et l’estime de soi

La dyspraxie a souvent un effet très néfaste sur le développement de l’estime de soi. Parce que les habiletés athlétiques sont grandement valorisées en âge scolaire, l’enfant dyspraxique se fait souvent rejeter et parfois même ridiculiser. Il éprouve souvent le sentiment d’être incompétent dans presque tout ce qu’il fait et il croit qu’il ne peut rien faire comme les autres, ce qui fait en sorte qu’il a tendance à éviter les activités de groupe, à se retirer et à se replier sur lui-même, voire parfois de sombrer dans la dépression.

Les difficultés causées par la dyspraxie motrice

À l’âge préscolaire :

  • retard au niveau des jalons moteurs (se rouler, s’asseoir, se lever, marcher) ;
  • problèmes d’équilibre ;
  • difficultés à courir, sauter, lancer ou attraper une balle, à faire de la corde à danser ;
  • difficultés à monter et descendre les escaliers – difficultés à s’habiller ;
  • chutes fréquentes ;
  • difficultés à tenir un crayon ;
  • difficultés avec les ustensiles – difficultés à faire des casse-tête ou jouer avec des blocs (jeux de construction) ;
  • difficultés avec le découpage et les bricolages.

L’enfant d’âge scolaire :

  • les mêmes difficultés que l’enfant d’âge préscolaire, avec peu ou pas d’amélioration ;
  • difficultés à copier les informations du tableau ;
  • l’écriture et le dessin sont laborieux et immatures ;
  • difficultés à organiser son sac d’école ;
  • difficultés à faire son lit ;
  • difficultés en mathématiques et en géométrie (surtout avec l’utilisation de certains outils comme une règle, un compas ou un rapporteur d’angle) ;
  • difficultés lors du cours d’éducation physique et d’activités sportives (bicyclette, natation) ;
  • difficultés lors d’activités artistiques (peinture, danse).

L’adulte :

  • difficultés à se raser, se maquiller, se coiffer ;
  • difficultés à accomplir certaines tâches ménagères comme le repassage, l’utilisation d’un ouvre-boîte, ou le pli de vêtements ;
  • difficultés à jouer à d’un instrument de musique ;
  • difficultés à faire de la menuiserie, éplucher des légumes.

Autres troubles associés

Plusieurs troubles neuropsychologiques se retrouvent également chez certains dyspraxiques. La présence de ceux-ci varie grandement d’un individu à l’autre, ce qui confirme l’importance d’une évaluation neuropsychologique plus approfondie.

Ces troubles incluent :

  • des troubles de mémoire à court terme, verbale et non verbale ;
  • un déficit de l’attention (avec ou sans hyperactivité) ;
  • des troubles des fonctions exécutives (planification, organisation) ;
  • des troubles visuo-perceptifs.

La dyspraxie peut également être une composante d’un plus grand syndrome neuropsychologique tel que :

  • le syndrome des dysfonctions non verbales ;
  • le trouble du spectre de l’autisme

Si on soupçonne que l’enfant ait un trouble d’apprentissage relié à une dyspraxie, la première démarche à suivre est d’obtenir une évaluation complète en neuropsychologie. Ceci permettra de préciser la nature et l’origine des difficultés. Par la suite, le professionnel proposera les aménagements académiques nécessaires pour soutenir les apprentissages de l’élève et l’orientera vers des interventions appropriées.

L’évaluation neuropsychologique de la dyspraxie : ce qu’elle permet

Lorsque vous consultez au sujet d’une dyspraxie suspectée chez votre enfant ou chez l’adulte, l’évaluation neuropsychologique constitue la démarche la plus complète pour comprendre ce qui se passe. À la différence d’un test de dyspraxie isolé, elle examine l’ensemble des fonctions cognitives et motrices afin de dresser un portrait nuancé du fonctionnement de la personne et des forces sur lesquelles elle pourra s’appuyer.

Un portrait cognitif et moteur complet

Au cours de l’évaluation neuropsychologique de la dyspraxie, le neuropsychologue mesure l’attention, la mémoire, le raisonnement verbal et non verbal, les fonctions exécutives, ainsi que la coordination motrice fine et globale. Cette approche permet de situer la dyspraxie dans un ensemble cognitif plutôt que de l’isoler. Les outils utilisés permettent d’évaluer le raisonnement indépendamment des composantes motrices, ce qui met en lumière les capacités cognitives réelles de la personne, souvent masquées par les difficultés praxiques dans les contextes scolaires ou professionnels habituels.

Le diagnostic différentiel avec le TDAH et les troubles associés

Un apport central de la démarche neuropsychologique consiste à établir un diagnostic différentiel entre la dyspraxie et le TDAH. La dyspraxie engendre une fatigue attentionnelle importante, car la personne est constamment placée en situation de double tâche : son attention est mobilisée par le contrôle moteur, ce qui peut ressembler aux manifestations d’un trouble du déficit de l’attention. Seule une évaluation complète du TDAH, menée en parallèle, permet de distinguer une fatigue secondaire à la dyspraxie, un TDAH coexistant ou un profil mixte. Cette distinction est tout aussi importante chez l’adulte, puisque la dyspraxie motrice y demeure fréquemment sous-diagnostiquée. L’évaluation peut également préciser la présence éventuelle d’une dyspraxie verbale ou d’un autre trouble associé nécessitant une orientation spécifique.

Des recommandations concrètes et, au besoin, une orientation

Au terme de l’évaluation, le rapport rédigé par le neuropsychologue inclut des recommandations destinées à l’école, au milieu de travail et aux professionnels impliqués dans le parcours de la personne. Ces recommandations soutiennent les démarches visant l’obtention d’aménagements scolaires ou professionnels adaptés. Lorsque cela est indiqué, l’évaluation oriente vers les intervenants qui prendront le relais : ergothérapie pour la rééducation motrice, orthophonie pour la dyspraxie verbale, ou vers d’autres ressources selon le profil identifié. La CENTAM ne propose pas ces interventions ; son rôle est de fournir à la personne et à son entourage les repères nécessaires pour que les étapes suivantes soient claires et bien orientées.

Si vous souhaitez discuter d’une évaluation pour vous-même ou pour votre enfant, l’équipe de neuropsychologues de La CENTAM est à votre disposition à Montréal pour répondre à vos questions et planifier les prochaines étapes.

Foire aux questions

Comment distingue-t-on la dyspraxie du TDAH?

La confusion entre les deux est fréquente, car un enfant dyspraxique peut présenter une fatigue attentionnelle importante : les tâches motrices exigeant constamment de l’attention et du contrôle, il se retrouve rapidement en situation de surcharge cognitive. Cette fatigue peut être confondue avec un trouble de l’attention. L’évaluation neuropsychologique est l’outil de choix pour établir ce diagnostic différentiel : elle permet de déterminer si les difficultés d’attention sont secondaires à la dyspraxie, si un TDAH coexiste réellement, ou s’il s’agit d’un profil mixte. Les deux troubles peuvent être comorbides, ce qui renforce la nécessité d’une évaluation complète.

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